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Union européenne et Citoyens

Entretien de Renaud Dehousse sur le site de "Toute l'Europe"

le 03 Septembre 2006 à 11:58
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1- l'état de l'Union européenne



Comment qualifieriez-vous l'état actuel de l'Union européenne ?



L'Union européenne est Aujourd'hui dans

une phase d'incertitude. Elle a longtemps avancé vers plus

d"intégration, mais le sens du projet s'est peu à peu perdu en route.



Les Etats européens

montrent régulièrement leur incapacité à s'entendre sur un certain

nombre de sujets. Craignez-vous un retour en arrière dans la

construction européenne ?



La politique, C'est l'affrontement de

différentes visions du monde. Le fait que l'Europe soit petit à petit

gagnée par cette polarisation montre qu'elle devient, d'une certaine

façon, plus démocratique.



Dans votre ouvrage, "La

fin de l'Europe", vous estimez qu'une relance de la construction

européenne passe par des actions dans le domaine sécuritaire. Comment

L'Union européenne peut-elle agir en la matière ?



L'Europe doit répondre aux inquiétudes

des citoyens, ce qui passe aussi bien par des actions dans le domaine

social que par des réponses à donner aux évolutions scientifiques et

technologiques, souvent porteuses d'incertitudes.



En matière d'économie,

L'Union européenne est plutôt perçue comme une source d'insécurité. Un

changement d'orientation est-il nécessaire dans ce domaine ?



Il y a certainement un besoin de

souplesse, d'adaptation à un monde qui change. Mais cela ne doit pas se

faire au détriment du bien-être de la population dans son ensemble.

L'Union doit montrer qu'elle agit pour la protection du modèle social

européen, de l'environnement, du consommateur, de la santé.



Selon vous, le projet de Constitution a-t-il encore un avenir ?



Représenter le même projet aux peuples

qui ont voté non donnerait l'impression que l'on se soucie peu de ce

qu'ont à dire les Européens sur le destin de l'Europe.



2- Le fonctionnement des institutions



Diriez-vous que le système institutionnel imaginé au début de la construction européenne a fait son temps ?



Les données de base du système conçu en

1957 restent valables. La question est de savoir si on peut le faire

fonctionner en donnant plus de droits à un Parlement directement élu,

et dans quelle mesure une politisation éventuelle ne serait pas une

source d'instabilité.



Vous montrez dans votre

livre que l'évolution des institutions européennes a généralement

découlé des projets que leur assignaient les Etats. Il semblerait que

la stratégie de Lisbonne n'ait pas eu les mêmes conséquences. Pourquoi ?



On a essayé de mettre en place une

approche alternative à la méthode communautaire classique. Les

résultats extrêmement modestes de la stratégie de Lisbonne montrent

qu'il n'en existe pas vraiment .



Le traité de Nice est

entré en vigueur le 1er février 2003. On a beaucoup dit qu'il rendait

impossible toute prise de décision. Cela est-il d'ores et déjà visible ?


Pour le moment, la machine tourne : on ne vote pas moins Aujourd'hui

qu'on ne le faisait avant l'élargissement. Ce qu'on ignore, C'est si le

système de Nice est suffisamment robuste pour permettre à l'Union

d'accoucher de nouvelles politiques.



En cas de blocage, une modification du Traité de Nice est-elle envisageable dans les années à venir ?



La question de la modification des

traités n'est pas tant d'ordre institutionnel que d'ordre politique. Il

faudrait pour cela un nombre suffisant d'entrepreneurs capables de

porter à bout de bras un projet politique pour l'Europe.



3- Les citoyens et l'Europe



Comment expliquez vous que l'Union européenne continue d'être perçue comme une machinerie complexe et technocratique ?



La grande complexité du système et

L'absence de relais politiques donnent le sentiment d'une usine à gaz.

Toutes les règles que l'on adoptera au niveau européen en matière de

transparence ne pourront pas y apporter de remède.



Diriez-vous que l'Union européenne souffre d'un manque de démocratie ?



Parce qu'il s'agit d'une union d'Etats,

on ne peut pas attendre de l'Europe autant de démocratie qu'on peut en

demander à un Etat nation. Le respect des minorités, des petits Etats,

entrave toute forme d'expression d'un principe majoritaire. Je préfère

qu'il en soit ainsi : une Europe organisée selon un principe

majoritaire pur comporterait de grands risques.



Avec le référendum sur

la Constitution, la problématique européenne s'est elle durablement

installée dans l'opinion française ? Ou bien n'était-ce qu'une prise de

conscience passagère ?



Il peut être tentant de considérer

qu'il y a eu un feu de paille, et que la fièvre est Aujourd'hui

retombée. Il serait f cheux que cela soit le cas. Puisque la démocratie

européenne est condamnée à être faible, il est important que, sur les

enjeux européens, on ait des débats aussi clairs que possible au niveau

national.



Les récents référendums

et divers sondages ont montré que l'Union suscite de plus en plus de

méfiance, voire de mécontentement chez les citoyens. Comment l'UE

peut-elle retrouver leur confiance ?



Cette méfiance naît du sentiment que

L'Europe ne répond pas vraiment aux questions que se posent les

citoyens sur ce que sera leur propre futur, et plus encore celui de

leurs enfants. Si l'Europe ne se donne pas pour mission de répondre à

ces inquiétudes-là , elle risque d'être l'objet d'un mécontentement plus

fort encore.



Retrouver l'entretien en ligne.

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