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Né à Paris en 1925, Jacques Delors après une carrière au Commissariat Général du Plan, ...
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Interview de Jacques Delors pour "La Croix" sur les "non" au traité

le 29 Mai 2006 à 00:00
Entretien par Jacques Delors
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Jacques Delors, ancien Président de la Commission européenne (1985-1994)



- Y-a-t-il déjà eu dans l'histoire de l'Union européenne des périodes de stagnation comme celle que l'on connaît depuis les « non » français et néerlandais au référendum sur le traité constitutionnel européen, il y a un an ?



Jacques Delors : Permettez une remarque préalable. En tant que Français, je respecte la décision de nos concitoyens de refuser le projet de traité. Mais en tant qu'européen, je constate que quinze et bientôt seize pays l'ont ratifié. Pour répondre à votre question, il y a déjà eu deux crises sérieuses. La première, qui tenait à une divergence entre le général de Gaulle d'un côté, ses cinq partenaires et la Commission de l'autre, s'est traduite un moment par la politique de la chaise vide de la France au Conseil. Un compromis a été trouvé au bout de trois ans de suspense. La deuxième a été provoquée par Margaret Thatcher, le Premier Ministre de Grande-Bretagne, qui trouvait que son pays payait trop pour le fonctionnement et les politiques de la Communauté européenne. Son attitude a gelé la progression de l'Europe de 1980 à 1984. Mais aucune de ces deux crises n'avait l'importance et la gravité de celle que nous connaissons actuellement.



- Pourquoi ?



Le « non » français vient d'un pays qui a le plus souvent été à l'avant-garde européenne. Certes, on constate une même interrogation, voire un certain malaise, dans les autres pays. s'agit-il d'une crise d'identité des Européens, alors que désormais la mondialisation développe toutes ses influences ? Est-ce une crise de croissance parce que nous sommes passés en dix ans de douze pays à vingt-cinq et bientôt à vingt-sept ? s'y ajoute un embarras institutionnel, les décisions étant difficiles à prendre, les actions communes de plus en plus compliquées à mener.



- Que faire alors du traité constitutionnel ?



Certains Aujourd'hui voudraient faire aboutir à tout prix ce projet. d'autres disent qu'il n'en est pas question. Tant qu'on est dans cette guerre de tranchées, rien n'est possible. Il faut déclarer l'armistice psychologique ! Au petit salon des inventeurs de génie, il n'y a personne Aujourd'hui qui soit capable de présenter une solution miraculeuse permettant à l'Europe de sortir de la crise dans les mois qui viennent. Il faut donc être patient, gérer cette période sans grands effets d'annonce. Au préalable, nous devons retrouver le goût du dialogue (se parler, mais aussi s'écouter) et clarifier les termes du débat de fond. Comprendre où nous en sommes, quels sont les choix qui s'offrent à nos pays, aller au coeur de la difficulté et mettre à nu les vrais problèmes, les divergences. Puis, si on constate qu'il n'y a pas unanimité pour aller dans telle ou telle direction, alors il faudra, comme dans le passé, utiliser la différenciation, C'est-à -dire la possibilité pour certains d'avancer avec l'accord des autres dans un domaine, sans que ceux-ci en soient pour autant frustrés. C'est ce que nous avons fait notamment pour l'accord de Schengen et l'Union économique et monétaire, d'où des progrès pour l'Europe.



- Dans quels domaines faut-il aller jusqu'à l'épreuve de vérité C'est-à -dire constater que des pays ont des visions différentes de ce qu'il convient de faire ?



Je vais vous donner un exemple. Considérez les chantres de la compétition entre les nations sur le plan social et fiscal en plus de la concurrence entre les entreprises. Je suis absolument opposé à cette idée. Parce qu'à mon avis, elle aboutirait à la dissolution du vouloir vivre ensemble et au retour en force des affrontements nationaux. Il doit y avoir au moins à l'intérieur de l'Union économique et monétaire, un socle, une certaine harmonisation de l'impôt sur les entreprises et sur les revenus du capital, et surtout une stratégie de coordination des politiques économiques, de manière à maximiser le fait d'être ensemble dans la zone euro et de rééquilibrer le pôle économique par rapport au pôle monétaire. C'est essentiel. Ce sera, dans les deux ans à venir, un des tests de la crédibilité de l'Europe et de sa viabilité.



- Sur ce point précis, les Anglais ont parlé. Ni la France, ni l'Allemagne ne lui ont répondu. Pourquoi ?



Il faut que la France et l'Allemagne respectent à nouveau et durablement les nouvelles normes du pacte de stabilité. En d'autres termes, qu'elles soient exemplaires. Alors pourront-elles parler, proposer cette coopération des politiques économiques. Certains pays en voudront, d'autres non. Il faudra en tirer les conséquences. C'est vital, sinon, nous irons encore davantage vers une autre Europe, une zone de libre-échange, sans me ni sans volonté politique : la négation de cinquante ans de créativité et d'efforts.



- Sur cette question, l'Allemagne n'est pas très allante...



Eh bien ! Ce sera du donnant-donnant ! Si l'on s'oppose à la véritable réalisation de l'Union économique et monétaire, je ne vois pas pourquoi la France accepterait, dans d'autres domaines, des concessions ou des avancées qui lui paraissent illusoires ou déséquilibrées.



- à€ l'inverse, la politique agricole commune est l'un des sujets sur lequel de nombreux pays, dont l'Allemagne, attendent une évolution de la France. Faut-il la remettre à plat ?



C'est ridicule ! l'agriculture fait partie des atouts non seulement de la France, mais aussi de l'Union européenne. Elle a de grandes implications pour notre commerce extérieur, notre croissance mais aussi pour l'aménagement des territoires. Agriculture et ruralité vont ensemble. Je ne crois pas à la théorie du libre-échange pur et dur pour l'agriculture. Ce n'est pas une activité comme les autres. De temps en temps, il faut savoir se f cher, mais C'est plus facile lorsque vous avez une vision de l'Europe à venir à la fois ambitieuse et réaliste, puissante et généreuse. Si vous exercez un certain leadership, que vous avez un pouvoir d'initiative et d'entraînement, vous pouvez à certains moments dire non. C'est pourquoi la France doit mettre de l'ordre dans ses affaires et retrouver cette vision et ce dynamisme européens qui lui font cruellement défaut.



- Quels sont les autres domaines où la clarification est nécessaire ?



Il faut s'expliquer davantage sur ce que pourraient être les actions communes en matière de politique étrangère, de justice et d'immigration. Il y a eu des pas non négligeables dans les deux premiers domaines. Il faut les valoriser, mais ne pas leur donner pour autant un label d'une politique commune, alors que nous n'en sommes qu'aux premiers pas. Au surplus, il ne faut pas que les institutions européennes laissent croire qu'elles s'occupent de tout.



- Quelles sont Aujourd'hui les missions fondamentales de l'Union européenne ?



Cette Grande Europe, qui intégrera un jour les pays des Balkans, devrait avoir trois finalités : la première, consolider un espace de paix et de reconnaissance mutuelle, accepter l'autre avec ses différences (très important face au risque de guerre des religions ou des civilisations). La deuxième, créer un espace de coopération pour un développement économique durable et solidaire. La troisième, faire vivre cet espace de diversité culturelle qui est le propre de l'Europe, avec notamment le respect des langues et l'encouragement à la création culturelle.



- Comment organiser cette Grande Europe ?



j'ai proposé le concept de Fédération des Etats Nations, que J'oppose à celui des Etats-Unis d'Europe. Fédération des Etats nations, cela veut dire que le mode de décision dans les domaines qui sont de la compétence de l'Union est fédéral, avec un vote à la majorité qualifiée ou surqualifiée, mais que pour le reste, les Etats nations gardent leurs compétences et gouvernent avec leurs propres moyens. Cela sous-entend qu'il y a des compétences, peu nombreuses, réservées à l'Union européenne. d'autres qui font l'objet de coopérations (recherche, innovation, stimulation de l'investissement...) et d'actions communes, y compris dans les domaines des garanties sociales minimales dont certaines ont déjà été instaurées. Ces actions communes portent et devraient porter sur les politiques structurelles et régionales, les infrastructures, l'environnement mais aussi l'énergie... d'autres compétences, enfin, qui sont plutôt nationales comme, par exemple, la modernisation de l'économie, l'action en faveur de l'emploi et la lutte contre le chômage, la protection sociale... Mais l'Union européenne apporte, gr ce aux coopérations et à une relance du dialogue social, une plus-value aux efforts nationaux.



- Qui déciderait de cette répartition des compétences ?



Le peuple ! à€ l'intérieur de la fédération des Etats nations, les débats se développeraient pour l'essentiel à travers les parlements nationaux et le parlement européen. Mais à chaque fois que l'Union européenne franchirait un pas institutionnel important, impliquant des modes de décision différents ou des transferts de souveraineté, il y aurait un référendum dans tous les Etats membres, le même jour. Un autre saut démocratique serait l'élection du président de la Commission par le Parlement européen, avec bien entendu une ratification par le Conseil européen qui représente les Etats. Dans cette perspective, il faut noter la montée en puissance du Parlement européen, qui a démontré ces derniers mois sa capacité à répondre aux aspirations des opinions, à régler des dossiers difficiles. Il représente l'espoir et le moteur d'une transition entre la crise actuelle et un nouveau départ.



Recueilli par Marie-Françoise Masson et Jean-Christohe Ploquin

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