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Né à Paris en 1925, Jacques Delors après une carrière au Commissariat Général du Plan, ...
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Union européenne et Citoyens

Une nouvelle Constitution pour l'Europe - Interview de Jacques Delors sur Europe 1

le 29 Juin 2004 à 00:00
Emission par Jacques Delors
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Les Vingt-Cinq se sont donc accordés sur la Constitution de l'Europe un 18 juin. Le signe est-il de bel augure et la nouvelle bonne ou plutôt bonne ?


Jacques Delors : La nouvelle est plutôt bonne. Je suis partagé entre la déception d'un coté - J'y reviendrai - mais surtout le soulagement. Un double soulagement. d'abord, après les taux d'abstention record, et notamment dans les nouveaux pays qui ont adhéré avec un tel enthousiasme, il fallait montrer que les Vingt-Cinq étaient capables de s'entendre et de fixer des règles pour vivre ensemble. Mon deuxième soulagement, C'est qu'il y a quand même des progrès par rapport au traité précédent. Il y a des progrès...


Des avancées ?

Des avancées : sur le plan de la démocratie, renforcement des pouvoirs du Parlement européen, qui va jouer un rôle central ; il faudra le regarder de plus près. En second lieu, un mode de décision par la double majorité, qui facilitera la prise de décision. Et enfin, troisièmement, ce que l'on appelle - le terme est un peu barbare - les "coopérations renforcées", C'est-à -dire la possibilité pour certains pays d'aller plus avant, tout en étant ouvert aux autres, ce qui insufflera toujours du dynamisme à l'Europe.


Les perfectionnistes et les grincheux la trouvent imparfaite, insatisfaisante, insuffisante...


Insuffisante, toujours ! c'était la même chose pour le Traité de Maastricht. l'Europe ne peut progresser qu'à petit pas. Même si comparaison n'est pas raison, les Etats-Unis d'Amérique ne se sont pas fait en un jour.


Voteriez-vous ce texte ?


Oui, dans l'état actuel des choses, je le voterai. Mais il faut quand même que je vous dise là où je suis déçu.


Oui, vous allez le dire, mais comment faire de nous, 452 millions, issus de vingt-cinq pays, des Européens ? J'ai envie de dire, un "peuple européen" ?


Tout d'abord, en focalisant le travail sur le Parlement européen. Deuxièmement, à l'intérieur de chaque pays, en ne disant pas, "C'est la faute à Bruxelles", alors que ce n'est pas la Commission qui prend les décisions en général, mais C'est le Conseil des ministres. En défendant ce que l'on a fait à Bruxelles à Paris ou en défendant à Paris ce que l'on a fait à Bruxelles. Bref, il faut un changement d'attitude des Gouvernements. On ne peut pas à la fois faire de l'Europe le bouc-émissaire et en même temps, emballer la population avec l'Europe.

Est-ce que J. Chirac s'est bien battu à Bruxelles ?


Il s'est battu, mais à mon avis, il a cédé sur des points regrettables.


Par exemple ?


Tout d'abord, toutes les décisions financières seront prises à l'unanimité. A mon avis, cela va considérablement bloquer la décision.


Mais vous avez noté qu'il a lui-même regretté qu'il n'y ait pas d'harmonisation fiscale et sociale...


Ce n'est pas ce que je veux dire. La décision à la majorité pour les perspectives fiscales, cela veut dire le budget de l'Europe, le contenu des politiques de solidarité. Ces politiques de solidarité entre région, je les ai portées de 5 milliards d'euros à 35 milliards d'euros ; je m'inquiète pour leur avenir. Deuxièmement, le Parlement européen n'a pas le dernier mot sur le budget. Vous connaissez une démocratie où le Parlement n'a pas le dernier mot sur le budget ?


Vous avez demandé à monsieur Blair si lui n'a pas fait d'erreur ou n'a pas fait de blocage ?


Je pense qu'à des moments donnés, il faut leur dire "voulez-vous vraiment rester ?." Et puis, il y a les coopérations renforcées pour aller plus loin. Rappelez-vous, à Maastricht, C'est une coopération renforcée. La Grande-Bretagne n'était d'accord ni sur la monnaie ni sur le passage social. Eh bien, on l'a fait sans eux !


Décelez-vous des traces de la guerre et de l'occupation de l'Irak ?


Oui, des stigmates de la guerre d'Irak. Les noms d'oiseau que se sont échangés, à l'époque, les chefs de gouvernement, ont pesé sur le climat. J'avais dit, il y a un an et demi, qu'il faudra panser les plaies. On n'a pas fait un travail diplomatique assez sérieux pour débarrasser cela de la gangue et casser ces coalitions d'un moment pour l'Irak. Et là , nous l'avons payé, notamment à propos de la désignation du président de la Commission.


On voit les critiques apparaître peu à peu, mais je voudrais que vous me disiez ce que vous pensez des difficultés à choisir un président de la Commission, votre lointain successeur. Vous avez dirigé et présidé l'Europe à dix, à douze, à quinze. A vingt-cinq, quel est le profil et les qualités idéales ?


Avant, permettez-moi de vous dire que la plus grande déception, C'est que l'on n'a pas donné à l'union économique et monétaire les moyens de fonctionner et de rééquilibrer le pôle monétaire et le pôle économique. C'est une des raisons du manque de croissance et de l'insuffisance de l'emploi. Or, le social, C'est d'abord la croissance et l'emploi.


Est-ce que pour autant, la Constitution définie déjà une Europe libérale, livrée au marché ?


Non, C'est de la fable. Je pense que les articles principaux du traité - J'appelle cela un traité, plus qu'une Constitution ; ce sera une autre discussion -, de ce traité constitutionnel, disons, pour arranger tout le monde, permettent de fixer les grands objectifs et les règles du jeu pour vivre ensemble. Ensuite, selon la majorité qui se dégagera en Europe, elle sera plus néolibérale ou plus sociale, ou plus sociale-libérale.


Alors, le profil et les qualités idéales du président ?

Cela m'ennuie de parler de cela, mais je vous dirais qu'il faut, à mon avis, trois éléments. Premièrement, le président doit avoir auprès de lui un collège. Il faut qu'il renforce la collégialité et la cohésion de son groupe, ce qui donne plus de force. Deuxièmement, cela implique que l'on prenne moins d'initiative et que l'on soit bien précautionneux sur le processus de décision à vingt-cinq...


C'est-à -dire comment décide-t-on à vingt-cinq ? Est-ce que l'on fait un tour de table ?


Il faut que le président de la Commission rende service aux Gouvernements : chaque fois qu'ils ont des désaccords, il doit jouer ce que l'on appelle les "go between", les médiateurs. Moi, de nombreuses fois, mon rôle n'a pas consisté à proposer de nouvelles pistes mais de les mettre d'accord. Enfin, quand vous avez acquis l'autorité nécessaire, parler à l'opinion publique au nom de l'Europe, et prendre des nouvelles initiatives. Mais d'abord que les gouvernements sachent qu'il y a un homme et une commission qui sont là pour les aider à trouver des solutions dynamiques.


Vous dites "aider les gouvernements", C'est-à -dire qu'il doit être solidaire de chaque gouvernement. Quand vous n'étiez pas d'accord avec M. Thatcher, que faisiez-vous ? Vous vous réunissiez autour d'un thé ou vous ne vous parliez pas ?


Nous nous parlions et le Conseil européen décidait si c'était une grande orientation. Mais quand la Premier ministre britannique avait un problème qui la préoccupait au regard des lois européennes et que l'on pouvait trouver une solution juridiquement valable, eh bien, je faisais tout ce que je pouvais pour l'aider. Normal !


Le problème de la ratification de la Constitution va se poser en 2005-2006. Vous avez été associé, avec F. Mitterrand, au référendum de 1992. Cela vaut-il un référendum ?


Oui, je pense que c'était plus important en 1992, parce que les Français allaient abandonner le franc français, leur monnaie, signe et symbole de souveraineté, pour l'euro. Mais Aujourd'hui, quand même, il faut un référendum. Il n'est pas possible de faire autrement... Et si l'on veut aussi accroître la connaissance de l'Europe, il faut prendre ces risques. Mitterrand a pris ces risques. Rappelez-vous ce que disait la classe politique au lendemain de son annonce.


On a toujours peur des dérives populistes, de rejet du projet...


C'est vrai. Le référendum est une arme est à double tranchant. C'est un peu la roulette russe, mais quand même...


Vous diriez volontairement que C'est en prenant des risques que les chefs élèvent leur peuple et se grandissent un peu peut-être eux-mêmes ?


Oui.


On va vers le référendum probablement, on verra. Le président de la République a le temps qu'il faut pour décider. Comme à votre époque, on voit revenir le dilemme pour l'Europe "déclin ou survie." Que peuvent faire les Européens contre le terrorisme, contre l'insécurité qui les menace tous ?


Les clefs, pour que l'Europe, dans dix ans, ait progressé et aussi du point de vue qui vous préoccupe, du sentiment d'appartenir à une aventure commune, il faut trois choses. Premièrement, il faut réussir l'union économique et monétaire ; ce n'est pas encore fait. Deuxièmement, il faut donner aux citoyens plus de sécurité. Cela veut dire coopération dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme, cela veut dire aussi lutte contre l'exclusion sociale. Enfin, troisièmement, il faut que l'Europe retrouve de l'influence. Je ne dis pas "puissance" ou "pas puissant" : l'influence. Je crois que la première mesure qui pourrait mettre d'accord les 25, C'est qu'ils proposent ensemble une réforme des grandes organisations internationales, pour les adapter aux mutations profondes du monde.


Est-ce que vous demandez de mettre un peu le boisseau sur ses querelles et d'avancer ? Ne trouvez-vous pas que le PS est tétanisé par l'Europe ? Doit-il s'engager davantage ?


Je pense que le PS a un débat interne ; il va le régler. Je constate que depuis 1950, les débuts de l'Europe, les socialistes, en général, ont toujours été à la pointe du combat pour l'Europe. C'est une grande tradition internationaliste, mais patriote.

Mais pas Aujourd'hui ?

Ce n'est pas ce que je veux dire. Ils ont un débat intérieur ; l'UMP a aussi ses débats.

Qu'est-ce qui donne aux jeunes un horizon et un sens pour la vie, si on leur parle de l'Europe ?

Quand on parle aux jeunes, ils voyagent plus facilement, ils connaissent mieux l'Europe. Je leur dirais deux choses : le déclin démographique, ce sera à vos dépens et les décisions que prennent Aujourd'hui les générations présentes, en reportant les charges sur l'avenir, C'est aussi à vos dépens. Alors battez-vous et exigez plus d'unité pour l'Europe et plus de courage dans les décisions prises Aujourd'hui.
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