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Bénédicte Suzan

Bénédicte Suzan

Bénédicte Suzan est chargée de recherche à la Fondation Méditerranéenne d’Etudes ...
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Dynamiser l'esprit de coopération

le 31 Août 2003 à 00:00
Etude par Bénédicte Suzan


AVANT-PROPOS DE BERTRAND DE LARGENTAYE


Le prochain rendez-vous politique doit avoir lieu à Naples, au mois de novembre. Les ministres des affaires étrangères des vingt-sept pays adhérents s'interrogeront alors sur la manière de donner un souffle nouveau à cette coopération. Prenant appui sur les travaux des meilleurs spécialistes, et en particulier sur ceux de l'ambassadeur Jean-Pierre Courtois et de Rémy Leveau, ainsi que sur la communication de la Commission européenne en date du 11 mars 2003, Bénédicte Suzan, chargée de recherche à la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques, revient ici sur un sujet qui lui est cher. 


On compte en effet, au nombre de ses publications, « La Méditerranée, enjeu et objet des puissances internationales », « La stabilité en Méditerranée après le 11 septembre 2001 », « September 11th and The Barcelona Process », « La présence de la VIème flotte américaine en Méditerranée, une remise en question ? ». Elle commence par rappeler les origines d'une coopération dont les trois volets sont calqués sur les trois corbeilles de la déclaration d'Helsinki de 1975 : affaires politiques et sécurité, affaires économiques et sociales, affaires culturelles et humaines. Il s'agit, pour résumer, de promouvoir les réformes démocratiques, la libéralisation de l'économie et l'indépendance de la société civile.


Le Conseil européen d'Essen (9-10 décembre 1994) avait déjà constaté que la Méditerranée constituait pour l'Union européenne une zone prioritaire d'importance stratégique. La région est appelée à devenir un « espace de paix et de prospérité partagée », obéissant aux prescriptions d'une Charte euro- méditerranéenne, tandis que la création d'une zone de libre-échange est prévue à l'horizon 2010. Le programme MEDA qui en est la traduction concrète et pour ainsi dire budgétaire, avec des dotations annuelles de l'ordre du milliard d'euros, s'inspire largement du programme PHARE des débuts, quand celui-ci n'était pas encore un programme de préadhésion.

On notera que le processus de Barcelone a été maintenu bien distinct, dès l'origine, du processus de paix israélo-palestinien, et, par ailleurs, qu'il a lui- même servi de référence au moment du lancement de la dimension septentrionale, cette initiative finlandaise visant à développer les liens entre le nord de l'Union européenne et sa voisine, la Russie du nordouest. l'auteur examine et mesure les enjeux de cette coopération, qu'ils lui soient propres ou dérivés, comme celui de la PESC. La politique étrangère et de sécurité commune sera en effet jugée d'abord à l'aune de ses résultats dans le voisinage immédiat de l'Union. Les cadres géographiques choisis pour les quatre premières stratégies communes en témoignent.

Un succès de la coopération euro-méditerranéenne ne pourra être que de bon augure pour le développement subséquent de la PESC dans le sens d'une plus grande intégration autant que dans celui d'une extension de ses horizons. l'attention du lecteur est aussi appelée sur les conflits d'intérêt, et même sur les rivalités, qui opposent Européens et Américains dans cette région alors que l'alliance atlantique est elle-même lancée dans un dialogue méditerranéen depuis 1994. Les Américains défendent deux intérêts vitaux, le libre acheminement du pétrole et la sécurité d'Israël. La région leur apparaît comme un des maillons clefs pour assurer leur maîtrise du Proche Orient et de l'Asie centrale et mineure, qui sont, pour de nombreux analystes, au coeur de leur dispositif. Ainsi Américains et Européens ne partageraient pas la même vision d'une Méditerranée stabilisée.

La manière de voir américaine serait moins intégrée à une vision globale des enjeux de sécurité. Sur un tout autre plan, l'auteur relève la modicité du commerce intra-régional, qui ne représente que 5% des échanges de la rive sud, et s'interroge sur les raisons qui expliquent la lenteur des débours des crédits communautaires dans les années qui ont suivi la déclaration. l'étude s'achève sur une série de recommandations associées à chacun des trois volets. On relèvera le choix du recours au mécanisme de la coopération renforcée pour développer la relation avec un pays comme le Maroc qui souhaite aller de l'avant et qui pourrait entraîner derrière lui les autres pays du Maghreb : la constitution d'ensembles sous-régionaux ne doit pas être négligée. 

On notera également l'aspiration à un système de sécurité collective dans le cadre de la Charte euro- méditerranéenne dont l'adoption a été reportée. A ce propos, l'auteur renvoie à la recherche de complémentarités avec le dialogue méditerranéen de l'alliance atlantique dont il vient d'être question. La mise en place d'une zone de libre-échange en 2010 pourrait aussi s'avérer prématurée, si l'on en juge d'après la consistance des économies de la rive sud, qui reposent encore très largement sur des micro- entreprises familiales peu à même de résister à la concurrence qui en résulterait.

La question la plus épineuse, celle qui donne lieu aux revendications les plus fortes des pays de la rive sud, reste, bien sûr, celle de l'immigration. Le Nord est enfermé dans ses contradictions : le chômage de masse le conduit à se montrer restrictif tandis que les besoins de financement des systèmes de retraite par répartition, sans compter la référence inévitable aux quatre libertés, à commencer par la liberté de déplacement des personnes, devraient l'inciter à se montrer beaucoup plus ouvert.

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