Helsinki
Bruxelles
Lisbonne
Actualités et Archives de Jacques Delors
Actualités & Archives de
Jacques Delors
Accéder
Soutenez l'Institut Jacques Delors !
Cliquez ici
S'inscrire à la newsletter
S'inscrire à la newsletter
Consulter les newsletters
Auteur
Elvire Fabry

Elvire Fabry

Chercheur senior (Action extérieure de l’UE). Docteur en science politique (IEP - Paris) et ...
Eléments clés
La sécurité de l’UE : une urgence politique
Engager l'Europe dans le monde
Think Global - Act European IV - Thinking Strategically about the EU's External Action
Renforcer la coopération avec les puissances émergentes et mondiales
Un nouvel élan pour une stratégie d'action extérieure de l'UE
Voir plus d'éléments
AGENDA
Chercher
Thèmes :
Choisir...
Choisir un thème
Types :
Choisir...
Choisir un type
Dates :
Choisir...
Valider
L'Europe dans le monde - TGAE

Elvire Fabry: "Copenhague : au delà du changement climatique, un enjeu de compétitivité

le 07 Décembre 2009 à 16:20
Article par Elvire Fabry
Imprimer
Envoyer par e-mail

Article de Elvire Fabry paru sur le site Boulevard Extérieur.


Ce qui se joue à Copenhague ne relève pas seulement d'un enjeu environnemental, mais également d'un enjeu de compétitivité économique. De l'Europe à la Chine, la lutte contre le changement climatique peut entraîner de nouvelles formes de protectionnisme et une nouvelle ère du commerce international dont le critère environnemental pourrait devenir un levier déterminant. Elvire Fabry, chercheur associé à Notre Europe (le think tank fondé par Jacques Delors), a co-dirigé le rapport Environnement et compétitivité. Une stratégie globale pour l'Europe (Fondation pour l'innovation politique, décembre 2008).


La négociation qui s'engage à Copenhague pendant deux semaines est l'expression même de la mondialisation : 192 pays sont représentés pour engager une lutte sans précédent pour la défense du bien public mondial que constitue le climat. La confrontation des pays industrialisés (qualifiés de pollueurs historiques) aux pays émergents (qui réclament un droit au développement et donc une tolérance temporaire à l'égard de leurs émissions de gaz à effet de serre - GES-) n'efface pas le sentiment qu'une mobilisation générale est indispensable pour freiner un réchauffement climatique qui aurait des dommages collatéraux prévisibles.

Il est cependant difficile à ce stade de déterminer sur quelles bases les conclusions de l'accord de Copenhague seraient estimées satisfaisantes. l'Union européenne qui s'est dotée d'un véritable arsenal de textes juridiques de plus de 700 actes juridiques visant à préserver l'environnement, aimerait par cet accord pouvoir confirmer la position de leader qu'elle a acquise ces dernières années dans ce domaine. qu'elle parvienne à renforcer la mobilisation américaine contre le changement climatique serait d'ores et déjà un acquis important.

Mais il ne s'agit pas uniquement pour les Vingt-sept de parvenir à infléchir les tendances actuelles d'émissions de GES dans le monde. Il s'agit également d'obtenir de la part de ses partenaires commerciaux des engagements clairs qui permettent d'anticiper le type de dumping environnemental auquel les entreprises européennes pourraient se voir confrontées dans les années à venir, alors qu'elles s'efforceront d'assumer les exigences des « 3x20 pour 2020 »que se sont imposés les Vingt-sept en décembre 2008. '3x20 pour 2020' car il s'agit d'obtenir d'ici 2020, 20% de réduction des émissions de GES et 20% de gain d'efficience énergétique par rapport à 1990, et enfin 20% d'énergie renouvelable dans la consommation énergétique européenne.

Les Européens ne pourront en effet accroître leurs efforts en interne qu'en s'assurant que les options prises ne pénaliseront pas leurs entreprises et pourraient même leur offrir un avantage comparatif par rapport aux producteurs des pays tiers. Si les entreprises qui importent leurs produits sur le marché unique européen sont implantées dans des pays qui n'ont pas adopté les mêmes standards environnementaux que les Européens, ces produits pourraient tout aussi bien bénéficier d'un avantage comparatif direct si les consommateurs tardent eux-mêmes à intégrer ces standards dans leurs options d'achat. En revanche, bien entendu, la taille du Marché unique implique qu'une adhésion rapide des consommateurs européens aux normes environnementales exercerait une forte pression sur les producteurs des Etats-tiers pour adopter les mêmes normes. Et par ailleurs, plus les Européens favoriseront l'élévation progressive des exigences environnementales sur les marchés extérieurs, plus ils parviendront à étendre les capacités d'exportation de leurs produits « verts ».

L'arme de dissuasion qui est implicitement évoquée dans cette négociation par les Européens pour obtenir des pays émergents qu'ils prennent des engagements de réduction de leurs émissions, est ainsi un mécanisme d'ajustement aux frontières : le temps que les Etats-tiers, qui, à Copenhague, ne sont pas sortis du « business as usual », modifient progressivement leur position, ce mécanisme - conçu comme une mesure temporaire - viserait à compenser le dumping environnemental créé par une taxe sur les produits importés. Les Américains sont eux-mêmes tentés par des options similaires.

Au delà de Copenhague se profile de la sorte la possibilité de nouvelles formes de protectionnisme et une nouvelle ère du commerce international dont le critère environnemental pourrait devenir un levier déterminant. Avec du recul, les négociations de Doha pourraient bien s'avérer d'une grande simplicité en comparaison des rapports de force qui nous attendent dans les années à venir autour de la protection de l'environnement.


La Chine elle-même semble avoir pris la mesure de cet enjeu de manière radicale : à l'urgence à laquelle elle fait face de contrer une pollution galopante des rivières et des lacs et une dépendance énergétique accrue, due à son rang de second plus grand consommateur mondial d'énergie, s'ajoute sa volonté de devenir un des principaux laboratoires de technologies vertes. Si les entreprises chinoises produisent déjà 30 % des panneaux solaires de la planète et investissent massivement dans l'éolien dont elles veulent gagner à terme 50 % du marché mondial, la Chine entend également développer sa capacité d'innovation dans l'ensemble des technologies vertes (traitement de l'eau, nouveaux matériaux, ferroviaire, batteries, moteurs, éclairage, recyclage, "¦) et renforcer son attractivité pour des investisseurs étrangers dans ces domaines.


Ce que les Européens jouent autour de la négociation de Copenhague ne relève donc pas seulement d'un enjeu de leadership normatif auquel l'Union s'attache dans des domaines très variés, mais également d'un enjeu de compétitivité économique autour duquel les Vingt-sept pourraient décider de consacrer une stratégie coordonnées des politiques européennes. Création d'un véritable espace européen de recherche et d'innovation, renforcement des capacités d'investissement, ajustement de la politique commerciale, politique sociale innovante permettant de d'accompagner la transition « verte » des économies européennes, ne sont que quelques uns des chantiers auxquels les Vingt-sept devraient entreprendre de s'attaquer pour faire de la lutte contre le changement climatique un atout pour une croissance économique européenne durable.
Contact - Plan du site - Mentions légales - Jobs
Institut Jacques Delors - 19, rue de Milan - 75009 Paris - Tel. +33 1 44 58 97 97 - Email : info@delorsinstitute.eu
Jacques Delors Institut – Berlin, Pariser Platz 6, 10117 Berlin
Powered by Walabiz
Les cookies assurent le bon fonctionnement de notre site internet.
En utilisant ce dernier, vous acceptez l'utilisation des cookies.