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Philippe De Schoutheete

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Ancien diplomate belge, Baron Philippe de Schoutheete a été ambassadeur à Madrid, directeur ...
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Union européenne et Citoyens

Tony Blair, Président du Conseil européen ?

le 26 Février 2008 à 16:45
Article par Philippe De Schoutheete
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Dans cette opinion publiée dans le Journal belge Le Soir, l'Ambassadeur Philippe de Schoutheete, rappelle, de manière nuancée et argumentée, que la présidence du Conseil Européen devra être attribuée, en prenant le temps de la réflexion, à une personnalité capable d'incarner l'esprit communautaire européen.


Un des points significatifs du nouveau traité européen signé à Lisbonne en décembre 2007 est l'élection pour deux ans et demi d'un président du Conseil européen, remplaçant la rotation semestrielle actuelle. La proposition initiale a été formulée par Aznar, Blair et Chirac pendant la Convention qui préparait le traité constitutionnel ; de ce fait elle a été connue sous le nom de « proposition ABC ».


Au départ la Belgique s'y est fortement opposée. Le mémorandum Benelux de décembre 2002 déclarait que les trois pays ne l'accepteraient jamais : ils craignaient qu'elle ne renforce la domination des grands pays. En fait, ils l'ont acceptée quelques mois plus tard, dans le traité constitutionnel puis dans le traité de Lisbonne, en échange d'autres concessions et de l'assurance implicite que ce nouveau Président ne serait pas nécessairement fourni par un des grands pays de l'Union.


Aujourd'hui le Président de la République Française et le Premier Ministre britannique suggèrent que ce poste soit confié à Tony Blair. C'est une proposition à laquelle la Belgique devrait fermement s'opposer. Non pas à cause de sa personne. C'est un homme capable, attachant, bon communicateur, ayant le courage de prendre des décisions difficiles et hasardeuses comme la guerre en Irak, et de les défendre alors même qu'elles s'avèrent désastreuses. On peut apprécier l'homme, tout en s'opposant à ce qu'il exerce la fonction. Or plusieurs raisons plaident dans ce sens.


En premier lieu, Tony Blair appartient à une école de pensée qui fait presque l'unanimité à Londres, est assez courante à Paris et, fort heureusement, moins fréquente à Berlin. Elle consiste à croire que, dans les affaires européennes, le rôle des grands pays est de prendre les décisions importantes, celui des institutions communes de les appliquer et celui des petits pays de les suivre. Le fait que cette approche soit à l'opposé de celle des fondateurs de la Communauté, et qu'elle aboutisse le plus souvent à un échec, ne décourage pas ses partisans.


On en a de nombreux exemples. Le dernier en date est l'invitation adressée par Gordon Brown à Nicolas Sarkozy et Angela Merkel de se réunir à Londres le 29 janvier pour discuter de la crise financière.


Dans un discours à Malte, notre Premier ministre a fait remarquer judicieusement que la crise concerne tout le monde et que la zone euro était sans doute un cadre adéquat pour en discuter. On parle maintenant d'inviter aussi le Président de la Commission. Quoi qu'il en soit, il ne peut pas être dans l'intérêt des pays moyens ou petits, ni de l'Europe dans son ensemble, de placer à la présidence du Conseil européen quelqu'un dont le réflexe naturel est de s'orienter vers un directoire des grands.


En deuxième lieu, le Royaume-Uni reste à l'écart de nombreuses coopérations européennes. Il n'appartient pas à la zone euro. Il ne fait pas partie de l'espace Schengen qui assure, dans la plus grande partie de l'Union, la libre circulation des personnes, sans frontières intérieures. Il a obtenu d'être exempté d'une grande partie des dispositions nouvelles du traité de Lisbonne concernant l'espace de liberté, de sécurité et de justice. Il a décidé de ne pas être tenu par la Charte des droits fondamentaux de l'Union.


Ces exceptions placent le Royaume-Uni dans une position marginale sur de nombreux dossiers qui seront, à l'avenir, au centre du débat européen. Serait-il normal que ce débat soit conduit, au niveau le plus élevé, par quelqu'un qui a défendu toutes ces exceptions, dont dans certains cas il a pris lui-même l'initiative ?


Le nouveau traité dit que le président du Conseil européen assure, à son niveau et en sa qualité, la représentation extérieure de l'Union. Serait-il crédible que la représentation de l'Union dans des négociations économiques internationales soit assurée par quelqu'un qui a tenu son pays à l'écart de la zone euro ? Pourrait-il représenter l'Union dans un débat sur la lutte contre le terrorisme, alors que le Royaume-Uni se place délibérément en dehors de la nouvelle coopération policière et judiciaire européenne ?


Enfin, Tony Blair est identifié étroitement - à tort ou à raison - aux positions et aux interventions de l'administration américaine sous Georges W. Bush. l'Union européenne n'a certainement pas intérêt à ce que son représentant au niveau le plus élevé continue à porter cette étiquette à un moment où l'administration Bush appartiendra au passé.


A tout cela s'ajoute un argument spécifique à la Belgique. l'Union européenne s'est développée depuis un demi-siècle selon une double logique : supranationale pour une part, intergouvernementale par ailleurs.


La Belgique passe pour être passionnément attachée à la première. Cette réputation est sans doute excessive, mais elle a conduit John Major à bloquer, seul, la nomination de Jean Luc Dehaene à la présidence de la Commission en 1994, et Tony Blair à s'opposer à la candidature de Guy Verhofstadt au même poste en 2004.


Dans un cas comme dans l'autre il a été dit, et répété, que la raison ne tenait pas à la qualité des hommes, mais à la vision trop ambitieuse, trop supranationale, qu'ils avaient de l'Europe, qui les rendait, aux yeux de Londres, impropres à diriger la Commission. Ne serait-il pas normal de dire Aujourd'hui que Tony Blair a une vision trop restrictive, trop intergouvernementale, de l'Europe pour pouvoir diriger les activités du Conseil européen, qui est devenu à beaucoup d'égards le moteur de l'intégration.


Fort heureusement, ce genre de décisions se prend Aujourd'hui à la majorité qualifiée, et non plus à l'unanimité. Si la Belgique exprimait en temps utile, C'est-à -dire maintenant, avec modération mais aussi avec fermeté, que la candidature de Tony Blair à la présidence du Conseil, européen, n'est pas acceptable, elle ne resterait sans doute pas longtemps isolée.

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