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Jean Pisany-Ferry dans Le Monde: "Que va-t-il faire à l'Eurogroupe ?

le 28 Août 2007 à 17:04
Article par Jean Pisani-Ferry
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Paru dans Le Monde du 10 juillet 2007.





En s'invitant lundi 9 juillet au conseil des ministres de la zone euro, Nicolas Sarkozy accomplit d'abord un acte politique. L'initiative, sans précédent, rompt avec une décennie d'absence des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro. Jamais, en effet, ceux-ci ne se sont réunis, pas même à la naissance de leur monnaie. Après avoir pris une décision de grande portée, ils en ont délégué la mise en oeuvre aux techniciens de la finance. Nicolas Sarkozy veut manifestement sonner la fin de cette longue absence.





Au-delà des symboles, l'Europe s'interroge cependant sur ses motifs, et beaucoup s'inquiètent. Critiqué pour une politique budgétaire qui s'affranchit de l'objectif commun, le président français veut-il arracher le consentement des pays partenaires à cet écart ? Lancer une offensive visant à rogner l'indépendance de la Banque centrale européenne ? Et quel est donc ce "gouvernement économique" que tous les dirigeants français réclament, mais dont aucun n'a tracé les contours ?





Peu de Français réalisent combien les conceptions qui leur sont communes peuvent être étrangères à leurs partenaires. La raison en est que l'euro n'a pas eu pour tous la même signification. Pour certains, par exemple les Pays-Bas ou l'Autriche, il a sanctionné un renoncement ancien à une souveraineté perçue comme inutile. Ils voient l'union monétaire comme un cadre qui s'impose à la politique économique nationale - un peu comme au XIXe siècle l'étalon-or fixait des disciplines sans impliquer adhésion politique. Dans cette conception, l'euro n'a besoin de rien d'autre qu'une banque centrale indépendante et de règles de discipline budgétaire.





Pour l'Allemagne et pour la France, la monnaie unique a, au contraire, une signification politique profonde. Mais ce n'est pas la même. Dans la conception allemande, elle symbolise un destin commun et une union monétaire doit s'accompagner d'une union politique de type fédéral, permettant aux peuples d'accepter la rigueur des règles. Dans la conception française, en revanche, la monnaie reste un attribut de la souveraineté étatique et son transfert au niveau européen doit emporter la construction d'autres éléments de souveraineté partagée. Une gouvernance par la décision est ce qui traduit l'engagement politique des Etats et permet de se passer d'une construction fédérale.





A Maastricht, en 1991, la France de Mitterrand a refusé à la fois la monnaie apolitique et le fédéralisme. Depuis lors nous plaidons, dans un certain isolement, pour faire de l'euro le vecteur d'une coordination des politiques nationales. On peut avoir raison contre tous, et finir par convaincre.





Mais il y faut de la cohérence, et celle-ci a constamment fait défaut. Ayant négligé de définir ce qu'elle ambitionnait de construire, la France a découragé les meilleures volontés. Avocate infatigable de la coordination, elle a - tous gouvernements confondus - été la première à s'en abstenir. En bref, elle n'a pas habité la conception qu'elle voulait promouvoir. Si bien que la notion de gouvernement économique, déjà assez vague, s'est progressivement vidée de contenu. Les dispositions du traité qui visaient à la traduire sont en partie tombées en désuétude. Les plus bienveillants y voient aujourd'hui une ambition mal définie, beaucoup le paravent de desseins inavouables.





Des idées françaises sur l'euro restent cependant l'Eurogroupe lui-même, qui est une instance appréciée ; et puis une intuition, et un projet. L'intuition, c'est qu'il n'y a guère de sens à faire monnaie commune et économies à part, que la monnaie unique ne tiendra pas sa promesse sans un engagement politique renouvelé et une gouvernance ambitieuse. Ce n'est pas sans fondement. On a trop rapidement résumé les exigences de l'euro à une règle budgétaire. Cependant les écarts de compétitivité qui se sont creusés ne doivent pas beaucoup aux finances publiques. Peu de pays se sont, ensuite, sérieusement demandé comment leur économie répondrait aux chocs internes et externes après avoir perdu l'instrument monétaire, peu ont mis en oeuvre les réformes propres à lui donner la souplesse nécessaire. Mal résolus, ces problèmes pourraient handicaper le fonctionnement d'ensemble de la zone euro. Ce sont eux qu'une gouvernance collégiale devrait diagnostiquer et traiter.





Le projet, c'est d'acquérir une identité externe et de permettre à la zone euro de peser dans la régulation monétaire et financière internationale. Cette volonté, qui a dès l'origine marqué les initiatives françaises, est d'actualité dans un contexte de changement rapide des rapports de force. Les pays de la zone euro sont à la fois surreprésentés dans les forums internationaux et de faible influence dans les négociations financières. Le débat sur le taux de change chinois en est l'illustration : alors que l'enjeu est aussi important pour l'Europe que pour les Etats-Unis, la discussion se conduit essentiellement entre Washington et Pékin. A quoi sert donc d'avoir un tiers des voix au FMI, si les Etats-Unis mènent le jeu ? Les pays émergents nous invitent de plus en plus clairement à être cohérents, à nous unir, et à troquer le poids numérique contre l'influence réelle.





Un investissement des chefs d'Etat et de gouvernement sur ces deux sujets ferait sens, parce ce que les enjeux dépassent de loin les responsabilités des ministres des finances. Ceux-ci ne peuvent, seuls, piloter les réformes qui rendront les économies plus réactives, énoncer les implications de l'engagement monétaire, ou consentir aux abandons de souveraineté nécessaires à l'influence extérieure. C'est pourquoi il y aurait motif à réunir au moins une fois le Conseil européen en format euro.





Si c'est cela que signifie la venue de Nicolas Sarkozy à l'Eurogroupe, il devra cependant commencer par surmonter le déficit de crédibilité créé par nos comportements passés et ses premières décisions budgétaires. Cela passe bien entendu par l'acceptation du statut indépendant de la BCE et la reconnaissance de ses prérogatives en matière de change. Cela nécessite ensuite de lever l'ambiguà¯té quant à l'élargissement à venir de la zone euro : autant il est légitime d'intensifier la coopération autour de la monnaie, autant il est dangereux de laisser croire qu'on veut fermer la porte du club. Tout approfondissement de l'euro sera bloqué par les autres pays de l'Union s'ils ne reçoivent pas sur ce point des assurances claires.





Cela implique enfin d'entrer dans le jeu des disciplines budgétaires communes : on ne peut pas à la fois plaider pour un renforcement de l'euro et s'abstraire des résolutions déjà prises en commun. Il peut y avoir matière à discussion sur le coût budgétaire de réformes destinées à renforcer le potentiel de croissance ou la réactivité de l'économie, mais la philosophie budgétaire européenne exclut absolument qu'en période d'expansion un pays en déficit prenne des mesures de relance par la demande comme vient de le faire la France. Il y a là un écueil important sur la voie d'une discussion productive entre la France et ses partenaires.

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