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Bertrand de Largentaye

Bertrand de Largentaye

Bertrand Rioust de Largentaye, ancien chargé d'études à Notre Europe (2002-2006), a vécu quinze ...
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Relations UE/Etats-Unis

Etats-Unis : l'empire de la force ou la force de l'Empire de Pierre Hassner

le 04 Janvier 2007 à 15:43
Synthèse par Bertrand de Largentaye

Ce court ouvrage, préfacé par Nicole Gnesotto, directrice de l'Institut d'Etudes de Sécurité, est une analyse de la politique de défense et de sécurité mise en oeuvre par l'administration Bush depuis le 11 septembre 2001. L'auteur tente notamment d'en élucider les racines dans l'histoire politique et militaire des Etats-Unis. Mises à part l'introduction et la conclusion, le livre se compose de trois chapitres :


-histoire et contradictions de l'Amérique
-opinion publique, médias, militaires et politiques
-la stratégie américaine après le 11 septembre


Pierre Hassner identifie trois facteurs qui rendent compte de la nouveauté de la situation créée par les attentats du 11 septembre : un nouveau sentiment de vulnérabilité, une indignation morale devant l'hostilité d'une partie du monde et un sentiment de puissance, sinon d'infaillibilité, inégalée.

Il observe que les Etats-Unis se sentent à la fois victime innocente, incomprise, et puissance irrésistible, et que cette combinaison est explosive. Toutes les barrières sautent pour justifier le retour à une tradition plus brutale, qui a certes toujours existé, mais qui était restée masquée par le commerce et le moralisme. La guerre au terrorisme combine le triple avantage d' être aussi simple et universelle que l'endiguement du communisme, de susciter l'adhésion quasi unanime du peuple américain et de correspondre aux instincts de George W. Bush, comme aux idées de certains de ses conseillers.


L'auteur fait bien ressortir les écoles de pensée qui ont marqué l'histoire des relations extérieures des Etats-Unis ainsi que la manière dont ils ont traditionnellement envisagé la conduite des opérations militaires. Les traditions diplomatiques classiquement répertoriées sont celles du jeffersonisme isolationniste, du wilsonisme idéaliste et du hamiltonisme réaliste ; s'y ajoutent une tradition jacksonienne et une tradition sudiste- ces deux dernières se recoupant sur de nombreux points- dans lesquelles se reconnaît une fraction importante de la population américaine, à la fois populiste,individualiste et martiale, favorable au port d'armes, à l'autodéfense , à la chasse à l'intérieur et à l'intervention militaire à l'extérieur, pourvu qu'il s'agisse d'intérêts américains tangibles. Une enquête qui a fait sensation a montré que l'Américain moyen n'était, en principe, ni isolationniste ni surtout unilatéraliste, qu'il était favorable à l'ONU et à l'aide au développement et qu'il souhaitait que les Américains agissent dans un cadre multilatéral.


Clinton associait des tendances à la fois jeffersoniennes et wilsoniennes. Son successeur représente l'alliance d'une base jacksonienne et d'un complexe militaro-industriel hamiltonien. Cela étant le qualificatif dont use l'auteur pour décrire la politique étrangère actuelle est le wilsonisme botté, au sens où l'on a appelé Napoléon la révolution bottée. C'est un mélange d'isolationnisme,d'idéalisme, d'unilatéralisme et d'internationalisme messianique. P.Hassner rappelle les prises de position de deux pères fondateurs, Daniel Webster, selon lequel le degré de proximité et la taille de l'adversaire ne changent rien aux principes, mais modifient complètement le caractère prudent ou imprudent de leur application, et John Quincy Adams, selon lequel l'Amérique souhaite la liberté et l'indépendance de tous mais ne s'engage que pour les siennes propres. Il évoque l'impérialisme progressiste de Theodore Roosevelt et relève qu'entre 1801 et 1904 les Etats-Unis ont envoyé leur marine et leurs Marines 101 fois en Asie, en Afrique, en Méditerranée et en Amérique latine.


S'agissant justement du recours à la force, il oppose la tradition britannique à la tradition américaine. La première est une stratégie indirecte, faite de ruse et de manoeuvre, la seconde est plutôt celle du choc frontal et massif : il faut alors appliquer le plus tôt possible une force décisive, de préférence écrasante, pour obtenir la destruction de l'adversaire sans trop faire de détail. Le 11 septembre a vu les Etats-Unis passer de l' ge de la dissuasion à l' ge de la préemption. L'attaque par surprise, que toute la doctrine de l' ge nucléaire cherchait à éviter deviendrait la règle. On peut considérer que c'est ouvrir la porte à la situation la plus instable qui soit, celle du " dilemme de sécurité ", de " la peur réciproque de l'attaque par surprise " et de l'avantage à la première frappe. Au point de vue juridique, la légitime défense s'étendrait à la guerre préventive, la souveraineté serait réservée aux Etats pacifiques et démocratiques, les dilemmes de l'intervention seraient tranchés dans un sens radical qui impliquerait une révision non moins radicale de la Charte de l'ONU. En l'absence d'une autorité mondiale, cela impliquerait un droit absolu pour certains Etats, c'est-à -dire essentiellement pour les Etats-Unis, de disposer de l'indépendance et du régime intérieur d'autres Etats- suspects d'être des brigands.


Ce qui n'est pas sans poser des problèmes moraux et politiques. D'une conception de la guerre sans morts où il ne s'agissait que de paralyser l'adversaire à une conception de la guerre totale où il s'agit de le détruire pour éviter qu'il vous détruise, le renversement potentiel est radical. De la guerre sans risques on passerait à la guerre sans règles.


Dans sa conclusion, P.Hassner illustre par un exemple saisissant la différence de comportement des Américains selon que le problème auquel ils se trouvent confrontés intéresse d'abord l'étranger ou leurs propres ressortissants. Ce sont les Etats-Unis qui ont contraint la Serbie à livrer un chef d'Etat accusé d'être criminel au Tribunal pénal de la Haye pour l'ex-Yougoslavie, sous peine de se voir supprimer son aide, alors qu'il est inconcevable qu'un Américain soit jugé par une Cour internationale. L'après-guerre froide est dominée, sur le plan international, par l'opposition des interventionnistes et des souverainistes. Pour les Etats-Unis, cette opposition est facilement résolue: ils sont radicalement souverainistes pour eux-mêmes et radicalement interventionnistes envers les autres. C'est la définition même d'une mentalité impériale. Tout le problème est de savoir s'il s'agit d'un empire hobbesien, où le souverain est au-dessus des lois qu'il édicte, ou d'un empire lockéen, où il est lui-même tenu par ces lois.


Pierre Hassner termine par une page sur l'Europe, où il la met en garde contre le risque de se laisser entraîner à la guerre sans règles. La vocation européenne est plutôt de combiner le risque assumé et la règle respectée, de montrer la voie de sociétés orientées par la recherche de la paix et de la prospérité, de la liberté et de la justice, et non de la domination et de la gloire. Cette vocation la situe à l'avant-garde de la souveraineté partagée (entre associés volontaires) et respectée (y compris envers les adversaires quand ceux-ci sont accessibles à la dissuasion et à la négociation). La vocation de l'Europe est de comprendre et de faire comprendre avec Arthur Koestler que l'Occident défend une demi-vérité contre un mensonge total.

On s'est, dans ce qui précède, servi sans vergogne d'extraits de cet essai, sans même les signaler par des guillemets ; on ne saurait, mieux que l'auteur, montrer à quel point les nouvelles idées américaines en matière de sécurité risquent de mettre à mal les constructions du droit international de la période de l'après deuxième guerre mondiale. A vrai dire le risque est celui de déboucher sur une période d'arbitraire et de grande instabilité.

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