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Giovanni Campi

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Giovanni Campi a été stagiaire à Notre Europe de mars à juin 2005.
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Penser global, Agir européen

L'Europe déclassée d'Olivier Blanchard, Jean Pisany-Ferry et Charles Wyplosz

le 03 Janvier 2007 à 15:53
Synthèse par Giovanni Campi

« La thèse d'une Europe perdant pied face à une Amérique vigoureuse et une Asie ascendante est incontestablement devenue la thèse dominante du débat sur l'Europe ». C'est ainsi que Zaki Laidi, professeur à l'Institut d''Etudes Politiques de Paris et directeur exécutif de l'association « En Temps Réel », présente dans son avant-propos la ligne thématique principale de « L' Europe déclassée », ouvrage de réflexion économique et politique. « En Temps réel » a eu le mérite de permettre à trois économistes de renom d'exposer leurs points de vue sur la situation économique européenne et ses perspectives futures. Le résultat proposé ici constitue un débat de haut niveau, précis et actuel, présentant un point de départ optimal pour à la fois comprendre les raisons et les dynamiques du blocage économique européen et envisager les solutions possibles.

Composé de trois parties, l'ouvrage offre une présentation des thèses Charles Wyplosz (professeur à l'Institut universitaire des Hautes Etudes Internationales de Genève) et d'Olivier Blanchard (professeur d'économie au MIT à Boston). Il se conclut par un chapitre de Jean Pisani-Ferry (Directeur du BRUEGEL - Brussels European and Global Economic Laboratory).

Quel est le message principal adressé au lecteur ? « L'Europe déclassée » vise à nous montrer qu'on ne peut appréhender la situation économique actuelle de l'Union européenne avec des grilles de lecture ou des solutions univoques ou simples. Il faut au contraire relativiser les approches et mélanger les champs d'analyse. Ainsi le lecteur se trouve-t-il immédiatement immergé dans la perspective de l'insuffisance d'une analyse purement économique : c'est bien la gouvernance politico-économique européenne, entendue comme concept unique, qu'il faut repenser et réorganiser.

Dans le premier chapitre, Charles Wyplosz, en critiquant la solution mécanique de 'plus d'Europe', dénonce le 'conservatisme' socio-économique européen qui existe en particulier au niveau du marché de travail. En posant plusieurs questions à la fois sur le concept même de responsabilité économique individuelle et collective, sur l'irréalisme pratique de la Stratégie de Lisbonne et sur la manière optimale de transformer l'Europe en une véritable 'force motrice' dans le monde, Wyplosz estime qu'une véritable relance économique doit passer par des solutions spécifiques internes aux Etats membres. Dans le cas contraire, les profondes idiosyncrasies nationales ne pourront que conduire à un clash structurel entre intérêt général et intérêts particuliers. Il considère également qu'un accroissement de la centralisation européenne sans un renforcement parallèle de la démocratisation du système politico-économique créera à terme une situation non tenable, qui d'une part restreindra implicitement la marge de manoeuvre de l'Europe et d'autre part poussera les gouvernements européens à ne pas prendre les décisions nécessaires pour réorganiser les fondements majeurs du modèle économique européen. 

S'il est vrai que l'Europe n'existe pas aujourd'hui en tant que démocratie et fonctionne plutôt en 'juxtaposant des démocraties', s'il est vrai que la création d'une vraie gouvernance économique en Europe demeurera impossible si l'on ne passe pas par une véritable intégration, la nécessité d'exprimer une volonté politique forte pour faire face au futur n'en reste ainsi pas moins évidente.

Comme l'évoque le titre de l'ouvrage, « L'Europe ne va pas si mal », Olivier Blanchard, dans le deuxième chapitre du livre, expose notamment une thèse originale et surprenante qui dénonce comme trompeuses les nombreuses analyses économiques décrivant une Europe en crise. Il soutient l'idée qu'il y a eu, dans les dernières années, une augmentation progressive de la productivité en Europe qui s'est réalisée parallèlement à une réduction du volume d'heures travaillées : les Européens, selon la théorie de Blanchard, ont utilisé leurs gains de productivité pour augmenter leurs loisirs, tandis que les Américains les ont alloués à leurs revenus.

L'économiste français rejoint par ailleurs Wyplosz pour considérer qu'une réforme profonde du marché du travail est indispensable, notamment pour accompagner de manière satisfaisante les réformes des marchés des biens et financiers. Les choix à faire sont donc à la fois économiques et politiques.

L'auteur souligne enfin que la conjoncture actuelle et préoccupante de l'économie européenne peut être rapportée à trois éléments principaux : un ralentissement global et cyclique de l'économie, l'état préoccupant du secteur public et les mauvaises performances de l'enseignement supérieur en Europe. Néanmoins, compte tenu de la nécessité de certaines reformes, il n'y a pas besoin de dramatiser cette mauvaise conjoncture : il convient plutôt de l'analyser et la relativiser.

 Dans la troisième et dernière partie du livre, Jean-Pisani Ferry fournit quant à lui un commentaire des analyses précédemment exposées dont il partage largement les arguments. Il rejoint notamment Olivier Blanchard en soulignant que la situation économique européenne est loin d'être aussi dramatique qu'on le proclame et adhère au point de vue de Wyplosz en affirmant avec lui que les Etats membres se doivent de faire des choix politiques importants et responsables pour redessiner un scénario économique "positif" en Europe. Il faut notamment avoir selon lui davantage de courage et choisir de concevoir des politiques macroéconomiques dynamiques pouvant relancer la croissance et l'emploi. Un tel choix implique pour les Etats membres de sortir de la situation actuelle dans laquelle ils entretiennent un processus de déresponsabilisation au regard des choix européens.

En effet, selon Pisani-Ferry, l'Europe doit être vue soit comme une solution potentielle, soit comme une partie du problème. Mais il faut tout d'abord affronter ce problème avec le sens des responsabilités, sans quoi les progrès vers les objectifs que l'Europe économique s'est fixée en 2000 à Lisbonne seront voués, ainsi que le mentionne le président de la Commission européenne M.Barroso, à rester 'lamentables".

'L'Europe déclassée' incite le lecteur à réfléchir à la première personne sur sa perception du bien-être actuel et sur l'avenir de notre continent : est-il un grand stimulateur d'idées et de réflexions ?

Face aux puissants Etats-Unis et à une Asie dans un processus de rattrapage économique extrêmement rapide, l'Europe doit définir politiquement sa construction économique. La question n'est donc pas celle du "plus ou moins d'Europe". La question est en réalité bien de choisir quelle Europe nous voulons, et dès lors de la construire, en agissant tant au niveau européen qu'au niveau national. Et si à l'avenir l'on ne montre pas capable de prendre les décisions politiques nécessaires pour ce faire, la thèse du déclassement économique (et politique) de l'Europe ne constituera plus seulement une opinion dominante au sein des différents pays européens, mais se confirmera dans les faits.

 

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