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Morgan Larhant

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Diplômé de l’IEP de Strasbourg, de l’Académie Diplomatique de Vienne (MAIS) et de l’IEP ...
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Union européenne et Citoyens

L'impossible défi. La politique de communication de l'UE d'Eric Dacheux

le 03 Janvier 2007 à 14:28
Synthèse par Morgan Larhant

Voilà un livre qui, à la lumière du 29 mai, prend une résonance et une actualité nouvelles. Car si le titre de cette recherche publiée à la veille de l'élargissement de mai 2004 pouvait laisser penser à une analyse universitaire de la politique de communication de l'Union, son contenu, quoique parsemé de références scientifiques, se veut résolument politique, parfois même engagé. Sa toile de fond: la difficile émergence d'une scène publique européenne et, cause et conséquence de cette dernière, la disparition de toute utopie européenne. Se pose dès lors au fil de ces 120 pages la question récurrente de ce que Pascal Lamy nomme "l'habitation de la maison Europe" et du rôle que peut jouer la communication politique européenne dans la démocratisation de cette communauté de destin. Si l'auteur, chercheur au CNRS, apporte quelques éléments de réponse, il est certain que le récent débat référendaire doit nous inciter à aller plus loin dans cette réflexion.

Quel que soit le lieu ou l'espace, la communication n'est jamais une activité naturelle. En tant que construit social renvoyant à des codes culturels, elle fournit les éléments pour comprendre l'Autre, pour interpréter une réalité sociale, pour penser l'identité commune. Penchant sans cesse entre normativité et fonctionnalité, la communication est inéluctablement liée à la relation entre celui qui l'émet et celui qui la reçoit, d'où son inexistence ontologique. Aussi est-il compréhensible, selon l'auteur, que la communication de l'Union soit rendue plus difficile par le caractère interculturel des peuples européens ainsi que par un certain nombre de problèmes structurels propres à l'Union (technicité des informations, manque de moyens humains, absence de médias de masse généralistes et, last but not least, absence de langue commune). A ceci convient-il toutefois d'ajouter les erreurs spécifiquement commises par les autorités européennes, que ce soit l'affichage ambitieux d'objectifs qui, tardant à se réaliser, provoquent rancoeur et désillusion, le développement d'une rhétorique de l'inéluctable, source de désintéressement et, de façon plus fondamentale, l'ignorance d'un principe de base qui veut que ce ne soit pas les "médias qui engendrent une société, mais la société qui engendre des médias" (p.57). De sorte qu'en postulant un effet d'entraînement par des campagnes de communication, au demeurant mal conçues, les autorités européennes n'ont fait que perpétuer, et dans certains cas agrandir, le fossé qui s'est creusé entre les institutions de l'Union et ses citoyens.

Pour innovante qu'elle soit cette thèse ne collerait pas autant à l'actualité si elle ne se couplait à une réflexion plus large sur la difficile émergence d'un espace public européen et sur sa dimension identitaire consubstantielle, c'est-à -dire la disparition de toute utopie européenne. Car, la paix acquise, l'intégration européenne n'a plus été en mesure d'offrir d'autres perspectives que celle d'un grand marché intérieur et d'une monnaie commune. Par une étrange stérilisation, le souffle européen s'est mu en une idéologie, celle du libéralisme et de la société de l'information, donnant naissance par réaction, selon l'auteur, à tous les mythes populistes et xénophobes, seule tentative restante pour "réenchanter" le monde. En absence d'utopie projetant dans l'avenir et d'espace public pour la manifester et la débattre, l'Union européenne est perçue au mieux comme lointaine et décalée, au pire comme illégitime.

En liant la question transversale de la communication à celle de la légitimité de l'Union, Eric Dacheux a, par une remarquable prescience, pointé du doigt deux caractéristiques majeures du débat sur le Traité constitutionnel: l'incapacité des partisans du "oui" à faire entendre leur message d'une part et la montée aux extrêmes, qu'ils soient de gauche ou de droite, d'autre part. Si l'on peut critiquer certains des remèdes qu'il préconise, notamment sa foi peut-être excessive dans les associations comme moyen de régénération de l'utopie européenne, son analyse et son diagnostic demeurent une contribution éclairante pour répondre au mal-être actuel de l'Europe.

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