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Pierre Lepetit

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Agriculture et développement rural

L'agriculture enjeu du développement ? par Pierre Lepetit

le 29 Décembre 2006 à 13:35
Tribune par Pierre Lepetit

Les progrès enregistrés, en particulier sur l'agriculture, lors de la réunion ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Hong Kong en décembre 2005, pouvaient laisser espérer que la négociation allait désormais s'engager sur tous les dossiers du cycle de négociations multilatérales. Tel ne semble pas être le cas. l'agriculture demeure un point de fixation et de nouvelles concessions de l'Union européenne sont désormais exigées en préalable à toute nouvelle discussion par plusieurs des parties à la négociation. Que chacun retarde le moment où il annonce son offre fait partie du jeu de la négociation, mais suggérer que l'Union européenne est l'obstacle à un accord général parce qu'elle refuse de faire des concessions supplémentaires sur le volet accès aux marchés de la négociation, C'est, comme le rappelle Jagdish Bhagwati, porter des oeillères.

Cette nouvelle fixation sur l'agriculture est étrange et paradoxale car il est désormais admis que la libéralisation des échanges n'aura pas les effets escomptés par les uns et redoutés par les autres.


L'idée selon laquelle le protectionnisme des politiques agricoles des pays développés est le principal obstacle au développement sous tend la plupart des arguments dans cette négociation du cycle de Doha. Il est difficile de contester que l'agriculture est l'un des secteurs où les distorsions au libre jeu du marché sont les plus importantes, et ce essentiellement du fait des politiques publiques, et que le démantèlement des politiques de protection et de soutien pourrait donner aux   agriculteurs des pays en développement un meilleur accès aux marchés des pays développés. Mais prétendre qu'il suffit de libéraliser les échanges pour ouvrir la voie au développement est, selon Arvind Panagariya, une erreur de diagnostic : les pays les plus pauvres souffriront d'une libéralisation des marchés agricoles des pays développés.


Les droits de douane et les subventions maintiennent les prix artificiellement bas sur le marché international et découragent les productions locales mais beaucoup de pays en développement importent plus de produits agricoles et alimentaires qu'ils n'en exportent. l'augmentation des prix de marché qui résultera d'une libéralisation sera donc une charge supplémentaire pour ces pays. Si les pays les plus pauvres vont souffrir de la libéralisation des échanges, les pays en développement ne pourront tous profiter des opportunités offertes par cette ouverture des marchés car celle-ci ne sera que partielle.


Si les subventions aux exportations doivent disparaître, des formes de soutien interne, que seuls les pays les plus riches peuvent se permettre, continueront à être tolérées. Certains pays soulèvent déjà , à juste raison, la question de savoir si ces soutiens ne constituent pas une forme de concurrence déloyale. l'accès au marché ne sera pas totalement libre. Des protections tarifaires subsisteront notamment pour protéger les marchés des pays en développement alors même que les gains en bien-être les plus substantiels sont attendus des échanges régionaux entre pays en développement. Des protections devraient également subsister en raison du traitement préférentiel qui sera réservé aux produits sensibles et en raison des mesures qui seront prises en faveur des pays les moins avancés au titre du traitement spécial et différencié. Au terme de l'annexe F de la déclaration ministérielle de Hong Kong, les pays membres offriront pour 2008 au plus tard un accès en franchise de droits et sans contingent pour tous les produits originaires des pays les moins avancés ou pour au moins 97% de ces produits. Ces restrictions concerneront certes un nombre restreint de lignes tarifaires mais elles représentent cependant l'essentiel des opportunités d'exportation des pays en développement. C'est ainsi que le Japon pourra exclure le riz
des produits qui entreront librement sur son marché.

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